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Pierre Lanier

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Bon voilà, un peu de politique :
Je vais essayer de faire court pour que les gens se barrent pas au bout de dix lignes paske c'est chiant.
Alors le capitalisme c'est quoi?
Réponse : c'est le fait d'amasser des richesses.
Donc pour que certains aient beaucoup de richesse, il faut que d'autres en aient moins...
A l'heure actuelle : 5% de la population détient 98% des richesses.
Il y a donc une minorité de personne qui détiennent une majorité des richesses et qui font prospérer leur richesse sur le dos d'une majorité de gens.
Donc pour faire simple, le système capitaliste, pour fonctionner, doit faire accepter à une majorité de personnes qu'elles doivent vivre exploitées.
Jusque là ça va?
L'égalité des chances... Question de vocabulaire.
Aujourd'hui, le gouvernement présente l'égalité des chances comme l'alpha et l'oméga de la justice sociale. Revenons un peu sur cette notion.
L'égalité des chances propose d'instaurer une égalité à priori : il s'agirait de donner les mêmes chances à chacun, donc de mettre tout le monde sur la même ligne de départ... Après, advienne que pourra. Triste destinée en fait, qu'au nom de l'égalité, il ne s'agisse que de promulguer la loi de la jungle, quand bien même chacun partirait soi-disant du même endroit. Par ailleurs, chacun se trouvant soi-disant à égalité au départ, chacun serait également responsable de sa réussite ou de son échec.
Sachant que les plus aisés réussiront toujours plus facilement que les autres, il ne s'agit que de légitimer les classes sociales les plus élevées en rendant les plus faibles responsables de leur échec (il avait « la chance » d'y arriver, ils ont échoué, c'est de leur faute...). Il s'agit donc de justifier au final l'inégalité et la reproduction sociale.
Ne devrait-on pas espérer pouvoir atteindre une égalité de résultats et une égalité de conditions, c'est à dire la possibilité d'une égalité à l'arrivée bien plus qu'une égalité au départ?
L'égalité des chances est donc bien une valeur prônée par le libéralisme qui favorise l'individualisme ; il faut lui préférer l'égalité des droits, qui doublée d'une égalité des conditions, permet à chacun d'avoir les moyens de réussir et d'aboutir là où il le souhaite et non là où la chance (où la malchance) le mène.
On nous martèle le chiffre de 23,6% de jeunes de 15 à 24 ans au chômage. C'est cette raison qui a motivé le passage de la loi sur l'égalité des chances en préocédure d'urgence.
Ainsi, sur les 8.000.000 de personnes de 15-24, 23,6% seraient au chômage? Soit prêt de 1.900.000 personnes... 75% des chômeurs auraient entre 15 et 24 ans...?
Ca se saurait!
En réalité, les calculs se basent sur la population active, c'est à dire les jeunes qui cherchent ou qui ont un emploi. Ce sont donc 23,6% des jeunes actifs qui sont au chômage. Pour info, 62% des 15-24 ans sont scolarisés et 38% sont considérés comme actifs.
Sur 100 personnes de 15 à 24 ans, il y a en réalité 62 jeunes scolarisés, 29 jeunes employés et ... 9 jeunes au chômage.
Et oui, si le taux de chômage chez les jeunes actifs est de 23,6%, le taux de chômage chez les jeunes de 15 à 24 ans est de : 9% (soit un taux identique aux autres tranches d'âge).
Ainsi, le taux de chômage chez les jeunes n'est pas plus élevé que dans les autres catégories. Il faut chercher ailleurs les réels motifs de l'urgence de la loi sur l'égalité des chances...
« Le courage, c'est de chercher la vérité et de la dire, c'est de ne pas subir la loi du mensonge triomphant qui passe et de ne pas faire écho de notre âme, de notre bouche et de nos mains aux applaudissements imbéciles et aux huées fanatiques. » (Jean Jaures - Discours à la jeunesse,1903)
Le cinéma et l'économie libérale. Comment peut-on rester sans rien faire lorsque 5% des gens possèdent 90% des richesses. Comment peut-on admettre que personne ne cherche à faire quoi que ce soit contre cet état de fait. Comment peut-on comprendre que les gens d'en bas restent en bas, ils sont plus nombreux, plus forts et pourtant... Tout le monde attend. On attend la révolution, on attend les lendemain qui chantent, on s'abstient de voter et on part crier dans la rue non au fascisme. On soutient ce même fascisme lorsqu'il est au pouvoir. Et si le cinéma et la culture avait sa part de responsabilité. Et si l'industrie cinématographique participait à cet attentisme des gens? Si le cinéma se faisait le complice du capitalisme, permettait à ce système qui vit sur la misère des uns de continuer et de prospérer?
Dans le genre hollywoodien, tout dans le cinéma pousse au soutien au système capitaliste.
L'exemple le plus évident est la notion de héros ou d'élu.
Cette notion propre à tous les films où le héros vient sauver les gens et l'archétype même du soutien au système:
le monde va mal.
C'est le cas aujourd'hui plus que jamais.
Un homme va sauver le monde.
Donc quoi qu'il arrive pas besoin de se bouger, puisque quelqu'un va s'en charger.
Encore mieux, cet homme est un homme tout à fait ordinaire jusqu'à ce qu'il lui arrive quelque chose d'extraordinaire.
Donc, non seulement ce n'est pas la peine de se bouger, mais surtout ne nous bougeons pas, attendons qu'il se passe quelque chose.
Et nous sommes d'autant plus prêt à accepter le système que nous sommes persuadé que quelque chose va se passer. alors on attend chaque jour en se disant :"peut importe, il va arriver quelque chose".
Et pour ceux qui se disent, je dois me bouger, je dois faire quelque chose.
On se dit : attendons, si c'est bien moi qui doit faire quelque chose, il y aura un signe, il va m'arriver quelque chose (genre, je vais me faire piquer par une araignée...) et alors je saurais que je dois faire quelque chose.
Mais en attendant, personne ne fait rien, tout le monde attend et le système se porte très bien...
Voici donc comment le cinéma est le fer de lance de la culture dominante et les exemples ne s'arrêtent pas au film Matrix. Combien de scénarios montrent comme la société contemporaine est meilleurs que tout, en usant de parallélisme avec des régimes fascistes ou totalitaire, avec des supposées sociétés extraterrestres, tout est mis en oeuvre pour montrer le bien fondé de l'évolution économique de notre société. Et la situation est bien pire outre atlantique, les séries télévisées et l'industrie cinématographique étant largement utilisée comme un outil de propagande, derniers évenement en date : la justification de la guerre en Irak et le bien fondé de l'existence d'une certaine prison à Guantanamo.
Est-il possible de faire quelque chose aujourd'hui? C'est bien difficile en tout cas, car non seulement les entreprises de production et de diffusion sont contrôlés par le système, mais en plus l'oeil et le cerveau du spectateur ont été conditionné à voir des films qui, dans leur critères techniques ne laisse la place qu'à l'action au détriment de la reflexion. Le spectateur étant devenu un consommateur d'images est-il aujourd'hui possible de l'amener à reflechir sur le monde par l'intermédiaire du cinéma? Les possibilités sont maigres : il faut être en mesure de réaliser un film dont le message sera suffisament clair pour être compris par tous sans transposition à un monde imaginaire, mais sans remettre trop de choses en cause vis à vis du spectateur sous peine de le voir penser qu'après tout il ne s'agit que d'un film. Enfin, il faut pouvoir utiliser des techniques qui permettent la réflexion, ce qui implique de nouvelle manière de filmer et d'organiser les scènes, en étant tout de même proche de la technique actuelle sous peine d'avoir un film incompréhensible. Et enfin, il faut pouvoir avoir les moyens de faire suffisament de publicité pour que le film soit vu par une majorité de spectateur et ne tombe pas dans l'oubli. Bonne chance à celui qui relevera le défi.
Récemment, les anticapitalistes ont salué la venu du cinéma asiatique qui bat le cinéma hollywoodien sur de nombreux marchés. Certes le cinéma américain n'est plus hégémonique, mais le message du cinéma asiatique n'est pas différent de celui de son concurrent. Alors il ne faut pas crier victoire si vite.
Mais revenons à l'élu. Dans le film Matrix, l'élu est un homme comme les autres, principe de base du cinéma pour permettre au spectateur de s'identifier au héros et donc d'être davantage pris dans l'histoire. Vient donc un moment où chaque spectateur peut se dire : peut être que je suis l'élu en fin de compte... On pourrait dès lors espérer une prise de conscience collective des spectateurs, ces derniers étant prêts à « sauver le monde ». Sauf que dans le film, l'élu reçoit un coup de téléphone pour lui dire qu'il est l'élu. En transposant : « le monde va mal, je suis exploité par le système, un homme va me sauver, il est le seul à pouvoir le faire. En attendant qu'il vienne, je ne peux rien faire, donc j'attend et je continue ma vie normalement. Mais si cet élu c'était moi? Peu importe, dans ce cas je continue ma vie et j'attend qu'on me prévienne que je suis l'élu. »
Et enfin, la logique du sacrifice : l'élu meurt à la fin pour sauver l'humanité. Celui qui combat le système ne peut pas s'en sortir. Par ailleurs, même s'il parvient à « apaiser » la situation et à l'améliorer, il n'y a pas de réelle solution, simplement un statuquo. Et d'ailleurs finalement, être l'élu c'est très dangereux, il vaut donc mieux éviter de s'impliquer dans ces choses là et continuer sa vie normallement. De toute façon, ce n'est qu'un film. Seconde leçon, agir par la simplicité, quand réflechir sur un film remet trop de choses en question, il vaut mieux se protéger de la façon la plus simple pour éviter de réflechir sur le monde.
Ainsi, le film Matrix, dans son scénario, est un bel outil du système capitaliste pour continuer de faire accepter le système à la majorité de la population, éteindre les sentiments de rébellion et duper les « intellectuels ». Evidement, l'analyse qui vient d'être faite est orienté et simplifiée. Il s'agit avant tout de montrer comment le cinéma participe à entretenir la pensée et la culture dominante, base même de la perpétuation de l'idéologie dominante. Il serait possible de développer tous les points qui ont permis le succès du film, la parallélisme avec la culture religieuse chrétienne, les références à la mythologie et à l'histoire, les références populaire, les propriétés et les rôles des différents personnages qui participent tous à l'identification du spectateur et à son « éducation ».
Dernier point : le marchandising. Autours du film Matrix (mais au delà, de tous les films réalisés par des multinationales), s'est développé un réseau de produits de consommation : jeux vidéos, boisons (powerade), téléphonie mobile, etc... Au final, les recettes des produits vendu autours du film rapportent plus que le film lui même. Aujourd'hui, la tentation est grande, mais le pas n'a pas encore été franchi, faire d'un film d'une heure trente, un simple outil publicitaire...
Avant tout, le support de diffusion : WARNER BROS, soit AOL TIME WARNER, bon c'est une des plus grosse multinationale d'origine nord-américaine... Cela signifie, que quoi qu'il arrive, en allant voir ce film, peu importe la raison, le spectateur enrichit l'entreprise américaine et lui permet d'étendre son hégémonie. - Simple parallèle avec le groupe de rock Noir Désir qui lors des victoires de la musique a fait un discours anti libéral contre Jean-Marie Messier... Résultat : vente de disque records, de nombreuses personnes achetèrent le disque pensant lutter contre le système capitaliste. Jean-Marie Messier, président d'Universal producteur du groupe Noir Désir, fut très heureux des bénéfices... - Mais revenons en à Matrix.
L'histoire : le monde est tel que nous le connaissons aujourd'hui, l'histoire se déroule donc dans un univers que nous connaissons bien. A un détail prêt : en réalité, le monde est une prison où les hommes sont tous exploités par des machines, ils sont les esclaves d'un système qui ne cherche qu'une chose : que le monde reste en l'état afin que les être humains continus d'être des esclaves... Ca rappelle quelque chose mais nous y reviendrons peu après. Dans ce monde, un homme est attendu, il est l'élu, l'homme qui sauvera les humains, mais il n'est pas au courant de ce qu'il est. S'ensuit une espèce de rite initiatique où l'élu découvre qu'il est l'élu et part en quète pour sauver l'humanité. A la fin, il meure après avoir sauvé l'humanité.
De cette histoire que peut-on en retenir? Tout d'abord, on peut y voir une critique parfaite du système capitaliste, les hommes exploités par un système qu'ils ont assimilé et qu'ils défendent (dans le film, les références sont vraiment saisissantes). Mais tout de suite, première transposition : ils sont exploités par des machines et la vie n'est qu'un rève... Résultat, à part de rares personnes, aucun spectateur ne verra dans Matrix une critique du libéralisme. Le film prend donc le mal majeur de la société d'aujourd'hui, mais montre comme cible, non la cause réelle de ce mal, mais une cause imaginaire, déplaçant par la même le « curseur de rébellion » du spectateur, non sur un élément tangible, mais sur un rève. Conclusion, le monde va mal, nous sommes les esclave du système, mais nous n'avons aucun moyen de faire quoi que ce soit si ce n'est attendre l'élu. En transposant dans la vie réelle du spectateur, ce dernier a enregistré le message suivant : « le monde va mal, tu le sait, mais quoi qu'il arrive attend, ne fait rien, continue de souffrir, continue d'entretenir le système, l'élu va venir te sauver ». Ainsi dans ses principes, le film Matrix, perpétue la soumission au système, mais point fort : les personnes les plus vindicatives contre le libéralisme pensent voir dans Matrix un allié de choix : un film à grand spectacle dont le sens serait la critique du système. Grave erreur commise par trop d'intelectuels d'aujourd'hui.
N'oubliez pas de commencer par l'intro...
Mais la situation a évoluée depuis les premiers films hollywoodiens. Ainsi, au fur et à mesure, les critiques ont dénoncées le manichéisme des messages cinématographiques, les intelectuels ont commencé à intervenir, en particulier sur l'effet de « propagande » d'un tel cinéma. Ces éléments ont influé la pensée dominante et le spectateur moyen s'est lassé du cinéma hollywoodien... Mais pas longtemps... Le cinéma hollywoodien a muté, pas en raison des critiques, mais parce que le nombre d'entrées baissait, il fallait donc trouver une solution à la baisse de revenus qui commençait à naître. La réponse fut la suivante : accelérer les scènes, pour en mettre encore plus plein la vue, améliorer les effets spéciaux, même but, et enrichir le scénario pour qu'il soit possible d'avoir une double lecture : pour le commun des mortels, une histoire dont la morale est la même que précédemment, un peu développée tout de même, mais surtout, pour les intellectuels, un regard critique de la société. Enfin, un regard critique... Juste un peu, quelques références... Mais tout de même assez pour calmer les esprits. Et voici venir la troisième leçon. En montrant une critique de la société cela permet de canaliser les esprits « rebelles » à la société de consommation. Mais là encore, attention, il ne s'agira pas de critiquer ouvertement la classe dominante, il s'agira de montrer les abus et surtout de monter un héros qui part de rien et qui parvient à atteindre ce niveau de dominant. L'objectif est simple, installer la méritocratie, celui qui le mérite réussira, donc ceux qui ont réussi, le méritent aujourd'hui. En montrant les abus, le principe est de montrer au spectateur que la solution aux problèmes du monde, n'est pas de remettre en cause le système, mais de veiller à l'accompagner en évitant les débordements. Là encore, il ne faut pas voir l'oeuvre implacable d'un homme dans l'ombre. En montrant un homme qui part de rien et qui réussit, le scénario suscite l'espoir chez le spectateur qui ira volontiers voir le film augmentant les recettes, en intégrant une part de critique de la société, le film peut provoquer du débat et donc toucher de nouvelles catégories plus « intelectuelles », voire augmenter son existence dans l'actualité. Le système s'auto-alimente en cherchant uniquement à augmenter le profit les cinéastes qui participent sans le vouloir à faire du modèle social que nous connaissons la norme absolue.
Plus concrètement, l'exemple du film Matrix, des frères Wachowsky, illustre très bien le propos.
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